Le Osho International
Meditation Resort, 2 mars
Désolée, pas de photos, c'était interdit d'en prendre.
Carte d’identification électronique, sac passé aux rayons X, port de la
robe rouge, je suis autorisée à franchir la guérite. C’est parti.
Nous sommes 35 nouveaux, de partout dans le monde, à suivre le cours
obligatoire d’introduction aux méthodes Osho et de familiarisation avec les
lieux. Je croyais qu’une rencontre de trois heures était exagéré, mais non, c’est
essentiel pour bien profiter de l’expérience. On nous explique toutes les
règles à observer sur le campus (il y en a plusieurs) et les différentes étapes
des trois grandes méditations fondatrices qui ont lieu tous les jours. Avec de
courts essais pour chacune. Je dois dire que la méthode Osho est très festive !
Beaucoup de danse, de sauts, de cris salvateurs, de musiques enlevantes ou
planantes. L’idée générale est de se libérer le corps et l’esprit tout en
s’amusant. On n’a rien contre.
L’horaire des activités de la semaine nous est distribué, puis nous sommes
lâchés lousse sur le campus. Chacun pour soi, moi je vais manger. De la
cafétéria, je dois retourner à la guérite. On ne paie pas avec de l’argent ici,
mais avec des cartes prépayées et des étampes. L’argent c’est malpropre et ça
salit les mains. Et puis les petites pièces (quand même rares) font du bruit
pendant les méditations. J’ai d’abord accueilli la nouvelle d’un petit air
narquois, mais finalement c’est logique et plutôt pratique.
La toute première activité où je choisis d’aller est la méditation silencieuse.
Classique, sauf qu’elle a lieu là où vivait Osho, dans la chambre même où il
est décédé, le 19 janvier 1990. Le petit chemin pour s’y rendre est calme et
serein, empreint de tranquillité. Derrière de grandes vitres, à l’entrée du
bâtiment où l’on enlève ses sandales pour se chausser de petits bas blancs,
obligatoires, une superbe limousine Rolls Royce grise est stationnée. Dans les
années 80, à Rajneeshpuram, son ashram de l‘Orégon aux États-Unis, il en aurait possédé plusieurs
dizaines, reçues en cadeau de ses disciples les plus fortunés. L’affaire avait
fait grand bruit dans les médias.
Pour se rendre à la salle de méditation, on traverse un corridor tout
en bibliothèques qui montent jusqu’au plafond, ensuite une étrange pièce sans
fenêtre où seule une chaise de dentiste est installée, puis nous y voilà, dans
le saint des saints, la chambre d’Osho. Sa sépulture y repose sous un simple
mausolée, nous y faisons face pour méditer. Un endroit magnifique dont le
plancher et les murs sont faits de marbre et de miroirs. Avec coussins et bancs
de méditation rouges foncé, l’effet est riche et calmant, la méditation y est
puissante. Dans le silence total. C’est du sérieux. Au moindre toussotement, reniflement, pet ou
bâillement, on se fait expulser. Ils sont deux pour nous surveiller.
La même règle s’applique pour le grand rassemblement du soir où la
communauté entière, vêtu de robes blanches, se regroupe dans l’auditorium
principal. Une pièce immense et fraîche au plafond en forme de pyramide. Tout
le reste de l’ashram est bouclé, les barrières sont fermées. C’est le point
culminant de la journée, le moment de se regrouper pour recevoir les
enseignements qu’Osho a enregistrés sur vidéo pour ses disciples. J’avoue que
c’est assez impressionnant de voir tous ces gens en longues robes blanches qui
s’y rendent par petits groupes ou en solitaires, traversent le mince passage
entre deux pièces d’eau illuminées, montent les grands escaliers qui mènent à
l’intérieur et s’installent en silence.
Comme pour toutes les méditations d’Osho, cela se passe en différentes
étapes. Première étape, la danse ! Un orchestre à l’avant joue une musique
heureuse et enlevante. C’est grisant de voir tous ces gens en blanc qui se
laissent complètement absorbés par la musique ! Ensuite, courte méditation, puis vidéo d’une
entrevue avec Osho. Son accent est difficile à saisir, le son est terrible dans
cette pièce toute en écho et je ne comprends presque rien de ce qu’il nous dit.
Et ça dure, ça dure. Les gens autour de moi sont recueillis et concentrés, moi je
somnole. Décalage horaire, sans doute. Troisième étape, on sort tout ce qu’on a
sur le cœur contre quelqu’un ou une situation, mais dans un langage inventé.
Cacophonie totale, grands gestes des bras, beaucoup d’énergie explosive !
C’est libérateur. Après, relâchement total sur le plancher pendant plusieurs
minutes, puis l’orchestre repart. Danse, danse, danse et puis s’en vont.
Il est 20h30, je dois rentrer à l’hôtel en rickshaw à la noirceur et
trouver un endroit où aller manger. Je vais donc manquer le party avec DJ qui
commence à 21h30. Chaque soir ils ont comme ça des activités réjouissantes et rassembleuses.
Je n’ai participé à aucune, voici pourquoi.
Voyager seule – prendre ou
non des risques, même mini
Lendemain matin, à 5h30, je quitte l’hôtel dans la nuit encore noire,
pour me rendre à la méditation dynamique de 6h. Il n’y a presque personne sur
la rue. Je marche d’un air décidé et sûr de moi, à la recherche d’un rickshaw.
Le premier que je rencontre me demande 100 roupies, le deuxième 50. C’est avec
lui que je pars. Il ne prend pas le chemin habituel, mais toutes sortes de rues
où il n’y a personne. Lorsqu’il tourne encore et qu’on se retrouve sous les
piliers d’un boulevard en hauteur, je me dis qu’il est temps de lui demander
par où il s’en va pour vérifier sa réaction. Si je suis en danger, c’est comme
ça que je vais le détecter. « This is not the road to the ashram… »
« Yes, madam, I know the road. This is back road. » Et effectivement,
nous sommes bien arrivés. Ça m’a quand même donné une petite frousse et enlevé
l’envie de recommencer l’expérience. Déjà qu’hier soir le chauffeur sentait la
bière et qu’arrivés à destination il voulait plus d’argent que ce que nous
avions convenus, je n’ai aucune envie de ne pas me sentir en sécurité. Pour le
reste de mon séjour, je fais les allers et retours de jour. Même si cela veut
dire manquer les trop longs discours d’Osho en soirée et la méditation
dynamique de 6h du matin. Quand même pas si pire.
Le Osho International Meditation
Resort, du 3 au 6 mars
Comme je m’y attendais, après le court essaie de la journée
d’introduction, la méditation dynamique n’est pas faite pour moi. Respirations
saccadées, puis cris et gesticulations hérétiques, sauts les bras en l’air,
puis au son du gong, on ne bouge plus de la position d’arrêt pendant 15
minutes. Ce matin, le sachant, j’ai baissé les bras quelques instants avant le
gong fatal. Pas kosher, je sais. Après un moment, j’ai ouvert les yeux
(interdit) pour vérifier autour de moi. La majorité des gens dans mon champ de
vision avaient aussi les bras baissés. Donc pas de culpabilité à avoir. Ensuite,
danse toute douce et relaxation couchée au sol.
J’arrive au yoga avec un peu en retard parce que j’ai dû aller me
changer au casier que je loue pour y déposer mes affaires entre les différentes
activités. La classe se donne à l’extérieur, sur une grande esplanade en béton
appelée le Buddha Grove. Tout le monde a son matelas de yoga, sauf moi. Mais ça
ne me dérange pas vraiment de salir les vieux pantalons et le tee-shirt achetés
la veille au même gars des vêtements marron usagés. J’ai rapidement les mains
et pieds noirs et la poussière me fait un peu glisser. Après la classe, je vais
demander au professeur s’il y a moyen de louer des tapis pour que je puisse
revenir les prochains jours. Elle m’annonce que ce cours était le dernier, tous
les professeurs de yoga quittent le centre. Fin de saison. Je suis vraiment
déçue, mais lorsqu’elle m’offre de me donner le sien, je retrouve immédiatement
le sourire. Quelle gentillesse ! Et quelle chance j’ai.
Encore une méditation, la Osho Devavani. Pas mal plus mon genre.
Musique douce pendant que nous sommes assis les yeux fermés. Puis danse. On se
rassoit avec les yeux fermés accompagnés par des sons de voix moitié chants,
moitié mantras. Chacun se fait sa propre chanson, très doucement, pour soi,
sans déranger les autres. Re-silence, puis relaxation couchés au sol.
Retour au Buddha Grove où c’est l’heure de la « Dance Celebration ».
Tous les jours, un DJ s’amène et fait danser qui en a envie. Au soleil, ou à
l’ombre des arbres et palmiers, les rythmes indiens sont mixés au hip hop, à la
valse, salsa, musique arabe, ou tout genre musical qui groove et fait danser.
Chacun trouve son bonheur et s’invente une cadence selon sa culture et sa
pulsion du moment. Mouvements de liberté, personne ne se sent jugé. C’est
magnifique.
Retour à la méditation silencieuse dans la chambre de marbre. Puis
méditation de la kundalini, ma préférée (le splendide shaking, la danse libre, les
méditations assise, puis couché au sol) et retour à la maison.
Le lendemain et les jours suivants, les mêmes possibilités sont
offertes. Sauf que je pars ma journée par une séance de yoga et un déjeuner à
l’Institut national de naturopathie, juste à côté de mon hôtel. Au resort,
j’essaie les différentes méditations offertes chaque jour: Mahamudra, Mandala,
Nataraj, Vipassana, des sauts, des chants, de la danse, du silence, des
mantras, en sit-in, en marchant, couchée au sol. J’ai un plaisir fou à les
expérimenter !
Voyager seule – ne pas faire
partie du groupe
En dehors des méditations, je trouve l’atmosphère un peu spéciale. Le
terme de resort prend ici tout son sens. Les gens sont très centrés sur
eux-mêmes, peu ouverts aux autres. Ils sont presque surpris quand je leur
souris. Un peu comme si c’était une intrusion dans leur espace vital. J’ai une
petite théorie là-dessus, qui n’est qu’une impression, mais je crois que la
méthode Osho est très développement personnel et cheminement individuel. Chacun
travaille sur lui-même et médite pour son propre avancement spirituel. À moins
de participer à un atelier de groupe de croissance, il est un peu difficile de
rencontrer des gens ou de se faire des amis. Il faut y mettre du temps, ce que
je n’ai pas.
Avouons cependant qu’en sortant des méditations, il y a un certain
espace individuel à respecter. C’est quand même intense. Mais si je compare
cette ambiance avec celle de l’Institut, c’est frappant. Là-bas, dès le premier
jour, les gens me sourient, me saluent, me demandent d’où je viens et pourquoi
je suis là. Au yoga, une femme et son mari me réservent même ma place tous les
matins. À Montréal, je vais à des méditations bouddhistes. Dans leurs prières,
il y a toujours le souhait que chaque être humain soit libéré de sa souffrance,
pas seulement de la sienne propre.
Cela dit, je ne suis restée que quelques jours, donc c’est probablement
un jugement un peu sévère de ma part. Si j’étais restée plus longtemps, je suis
certaine que les barrières seraient tombées. Mais ceci n’est pas vraiment important
parce que demain, je repars vers de nouvelles aventures : prendre un train
de nuit vers la mer.
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