samedi 9 mars 2013

Arrivée en INDE - hiver 2013


Mumbai, 27 février 2013
Première nuit passée seule en Inde depuis 21 ans. C’est l’Inde pas à peu près. Ma chambre, réservée et payée par internet depuis Montréal, est petite, sale, bruyante et pas intime pour deux sous. Il ne semble y avoir que des hommes ici. Justement, j’en entends un qui essaie de vomir, ou peut-être n’est-ce que le profond raclage de gorge indien avant le crachat. Mon voisin immédiat a mis sa musique sentimentale, mais jolie, un peu forte. Toilette et douche à l’étage. J’ai bien demandé une chambre avec ma propre salle de bain, mais elles sont toutes prises. Bah, c’est comme pour tout, je m’y ferai.

Gare Victoria – Chhatrapati Shivaji Terminus
J’avais vraiment hâte d’y venir  et de voir comment j’allais me débrouiller pour obtenir mon billet vers Poona. Est-ce que le système de réservation ferroviaire allait être aussi compliqué que dans mes souvenirs ? D’architecture gothique datant de l’époque coloniale, c’est une des stations de trains les plus achalandées d’Asie. Mais comme c’est le milieu de la matinée, tout est plutôt tranquille. J’ai tout mon temps, j’en profite pour visiter les lieux.

Il y a peu de sièges où s’asseoir. Les gens attendent assis par terre ou couchés, près de leurs nombreux bagages, patiemment. Un homme sale et très pauvrement vêtu prend la  peine de nettoyer son carré de plancher avec ses mains avant de s’y allonger. Une voix de femme résonne dans toute la gare. Elle annonce les numéros de trains à partir, leur nom, l’heure et le quai d’embarquement. D’abord en Hindi, ou est-ce en Marathi, la langue de l’État ? Puis en Anglais. Son annonce terminée, c’est une prière chantée par un homme qui prend le relais, jusqu’à l’appel du prochain départ. Des porteurs poussent un long chariot surchargé de gros paquets enveloppés dans de la toile blanche.

Je cherche le bureau de réservation des billets. Une dame toute souriante m’aborde pour me demander si j’ai besoin d’aide. Les comptoirs sont dans un petit édifice adjacent à la gare principale et celui pour touristes est au deuxième étage, guichet 52. Pas de file d’attente, seulement une Anglaise exaspérée qui veux changer de l’argent. Son chum est assis sur un banc, l’air renfrogné. Voyager en couple. Ce n’est pas une banque ici, ils doivent s’adresser ailleurs. Le guichetier reste super gentil malgré les manières brusques de la touriste.

Sur son ordinateur, le fonctionnaire me trouve l’horaire des trains vers Poona le 1er mars. J’opte pour un billet en 2e classe sans air climatisé sur le Udyan Express, no 16529, compartiment S10, siège 1, départ 8h05. Je remplis un formulaire avec toutes ces précisions, mon nom et numéro de passeport, là où j’habite, d’où je pars et où je vais. C’est tout juste s’ils ne me demandent pas pourquoi. Heureusement, il n’y a toujours personne en ligne. Je tend le formulaire au guichetier et repart immédiatement avec mon billet. C’est tout simple.


 

 

 

La Porte de l’Inde et l’hôtel Taj Mahal
Je marche vers la Porte de l’Inde et le non moins célèbre hôtel Taj Mahal, juste à côté. Complétée en 1924, cette porte en arche de style Moghol a été construite pour commémorer la visite royale du roi George V d’Angleterre en 1911. C’est aussi devant celle-ci qu’ont paradé les dernières troupes britanniques à quitter l’Inde au moment de l’indépendance en 1948.

De son côté, le Taj Mahal Palace aurait été construit en 1903 par un prospère industriel Parsi du nom de JN Tata, en réaction à l’insulte de s’être fait refusé l’accès à un hôtel européen du fait de son origine indienne. Sa riposte architecturale a donné un hôtel grandiose devenu symbole de luxe et d’opulence dans un pays encore bien pauvre.

Cela fait des années que je rêve de les visiter. Peut-être les romans, films et articles qui en font mention m’ont-ils rendu le lieu plus exotique qu’il ne l’est devenu ? J’ai été un peu déçue. Il faut dire que depuis les attentats terroristes de novembre 2008, la sécurité a été grandement renforcée. Il y a maintenant des barrières, gardiens et détecteurs de métal partout. Cela ne peut qu’enlever au charme de l’endroit. Ce ne sont peut-être aussi que la fatigue du décalage horaire et la chaleur qui freinent mon enthousiasme. Je retourne donc tranquillement vers l’hôtel me reposer en me promettant de revenir demain.






Voyager seule – des statistiques
La majorité des gens n’ont aucune envie de voyager seuls. La peur de ne pas savoir se débrouiller, de s’ennuyer, de n’avoir personne à qui parler, de ne pas reconnaître les dangers éventuels ou de se retrouver dans le pétrin sans savoir comment réagir, peut-être. Le désir de partager l’excitation du dépaysement et de la beauté des lieux aussi sûrement. Tout cela est vrai, possible, mais tellement dommage! Pourtant, cela est appelé à changer.

Le 6 mars de cette année, l’organisme Veille en tourisme de l’Uqam publiait un article au titre évocateur : Les voyageurs en solos arrivent en masse! Selon leurs recherches, en moyenne 35% des ménages des pays développés sont constitués d’une seule personne et les voyages individuels représentent un segment de marché en croissance. Les voyagistes commenceraient même à éliminer les suppléments pour les voyageurs en solo ou au moins à diminuer les frais additionnels de 50 à 75% qui leur sont habituellement attribués.

Selon des chercheurs de l’Université de St-Gallen, en Suisse, qui ont étudié le phénomène, je fais partie de la catégorie pluri-solo. C’est-à-dire que je n’habite pas seule, mais que je voyage seule. Comme dirait la grenouille-à-grand-gueule : « Y’en a pas beaucoup par ici. »

Référence 
http://veilletourisme.ca/2013/03/06/les-voyageurs-en-solos-arrivent-en-masse/?tagged=&utm_source=bulletin-06-03-2013&utm_medium=email&utm_campaign=globeveilleur

 Mumbai, 28 février 2013

Voyager seule – ne pas se laisser envahir 
Après avoir passé la journée en bateau pour aller visiter les grottes sculptées de l’île Elephanta et avoir cherché un meilleur hôtel pour mon retour à Mumbai dans six semaines, je rentre fatiguée à l’hôtel. J’ai besoin d’une douche !

Une femme et sa petite fille entrave le chemin dans le couloir entre la salle de bain et ma chambre. Elles n’ont pas l’air très futées et je dois m’y prendre à deux fois pour leur faire comprendre gentiment qu’elles sont dans le chemin et que je voudrais passer. La femme doit avoir 25-26 ans, mais en paraît beaucoup plus dans son sari élimé. Elle ne parle pas anglais, mais j’arrive à la comprendre. Pas gênée du tout, elle est très à l’aise de me demander si je prendrais soin de sa petite d’environ 6 ans pendant qu’elle va dans la douche. « No husband ? » que je lui demande. « No husband, only mother. Calcutta. » Elles m’accompagnent à ma chambre, j’ouvre la porte, elle pousse la petite à l’intérieur, met ses sacs sur mon lit, lui dit de l’attendre et se dirige vers la salle de bain. Elle revient presque aussitôt, la douche est prise. « Gent ». Il prend son temps le saligaud. La femme soulève son sari, enlève ses petites culottes qu’elle dépose avec sa serviette sur ma table et me demande, toujours dans sa langue natale, si j’ai du savon. Faut pas exagérer, je dis que non. Elle ne me croit pas, bien sûr, et jette des regards curieux partout pour essayer de le trouver. Le voisin arrive à sa chambre, elle lui demande s’il a du savon, il ouvre sa porte et lui en donne un morceau. Elle repart vers la douche. Ça commence à faire. Heureusement, la grand-mère s’amène. Toutes deux parlent très fort dans le corridor, comme si elles étaient seules et chez elles. Je dis à la petite de se lever, lui met un sac de sa mère dans les bras, tend les autres à la grand-mère, ferme ma porte et la barre. Ciao, bye. Ne pas se laisser envahir. Enfin, pas trop longtemps à la fois.



1 commentaire:

  1. Sacre Pascale t'es bonne. Moi, j'airais eu peur que la femme s'en aille pour de bon.

    P.-S. Beau blogue.

    Bon voyage.
    Sylvain.

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