lundi 27 décembre 2010

- Noël à Phnom Penh et les bicyclettes de Battambang

Dès notre arrivée à Phnom Penh, la veille de Noël, nous sommes reçus par des hôtes tout excités: ils ont organisé un party pour les gens qui logent chez eux. Souper gratuit, offert par la maison. Nous sommes sept ou huit autour de la table, plus des amis Cambodgiens. Le frère de la propriétaire joue de la guitare et chante des chansons romantiques et tristes. Très sympathique cette soirée qui ne se finit pas tard. Très bien pour nous, notre chambre est super belle et confortable et nous voulons profiter de la ville le lendemain sans avoir trop fait la fête.


25 décembre, journée de marche au soleil avec visite impressionnante du Palais royal en après-midi. C'est grand, Phnom Penh! Et même les conducteurs de tuk tuk n'en connaissent pas bien les rues. La nuit tombée, ils sont tout perdus. Le chauffeur a du demander son chemin au moins quatre fois et comptait presque plus sur Chris que sur son sens de l'orientation pour nous sortir du pétrin dans le traffic. Cela nous a pris un temps fou pour rentrer à l'hôtel prendre une douche avant d'aller manger.


Autobus super lent le lendemain pour Battambang. Au début, nous étions patients, jusqu'à ce que Chris s'énerve en disant que non seulement nous arrêtons partout, mais qu'en plus, le chauffeur ``n'a pas de gosses``. Il n'avance pas et hésite à dépasser. Plus sécuritaire, mais tellement lent! Heureusement, il y a deux arrêts pipi et bouffe pour se dégourdir les jambes et rire de tout ça.

À Battamgang, encore une fois, nous avons une super chambre qui ne nous coûte que huit dollars. Nous louons des bicyclettes à l'hôtel. Avant d'en prendre possession, mystérieusement, les clés disparaissent du comptoir où elles étaient déposées un instant plus tôt. Il est évident qu'un des employés présents les a prisent, mais on ne peut accuser personne. La responsable est dans tous ses états, les bicyclettes lui appartiennent et elle en tire un revenu supplémentaire qui fait des jaloux. Elle nous trouve un autre cadenas et après beaucoup d'émotions, nous pouvons partir.


Nous suivons une petite route qui longe la rivière en direction des ruines d'un temple. Des centaines de fois nous répondons Hello! aux hello, surtout par les enfants, mais aussi par des gens de tous âges qui semblent heureux de nous voir. Nous ne sommes pourtant pas les premiers, ni les derniers d'ailleurs, à passer devant chez eux. Mais partout, nous sommes accueillis par des sourires et des mots de bienvenu.


Dans un tout petit village où la spécialité est de préparer des galettes de riz pour faire des rouleaux de printemps, nous sommes gentiment invités à visiter un lieu de fabrication. Les femmes préparent la pâte dans leur cour et font sécher les rondelles dans des grillages sur le bord de la route.


La route est belle et facile pour se rendre au temple. Comme il est tôt, le soleil n'est pas encore trop chaud et il y a beaucoup d'ombre. Nous sommes accueillis par un policier, un tourist officer, qui nous indique l'endroit où acheter les billets d'entrée. Coût: deux dollars américains chacun. Tout ou presque au Cambodge se négocie en dollars américains et c'est cet argent qui nous est donné dans les guichets automatiques des banques. En principe, ce billet nous donne un droit d'entrée pour trois temples de la région. Mais il n'y a pas de billets nécessaire, nous dit-on, il suffit de signer son nom et son pays d'origine sur une feuille de papier. Je demande comment, sans billet, nous allons pouvoir prouver ailleurs que nous avons bien acheter nos droits d'entrée. Pas de problème, nous répondent le gars et la fille en charge, ils vont téléphoner aux autres temples pour leur donner nos noms. Étrange. Après notre visite, Chris décide d'en avoir le coeur net. Il va voir le policier et lui demande pourquoi nous n'avons pas eu droit à un billet. Celui-ci devient aussitôt mal à l'aise, fait un appel sur son cellulaire et rigole avec son correspondant. Puis, il nous dit de retourner au kiosque et de demander nos billets. Chris lui demande de nous accompagner. En nous voyant arriver, la jeune fille sourit, sort des billets de son sac et nous les tend sans sembler le moindrement mal à l'aise de sa tentative d'escrocrerie. Si nous n'avions rien exigé, tout ce beau monde se serait fait quatre beaux dollars directement dans leurs poches et nous aurions eu à payer l'entrée aux autres temples. Les trois touristes Australiens qui venaient de quitter les lieux s'étaient sûrement faits avoir et la dizaine d'autres personnes sur la liste du jour aussi. Un petit marché lucratif.


Nous retournons en ville manger et remettre de la crème solaire, puis repartons sur les routes. Une belle journée d'exercise qui se termine par une douche et un massage d'une heure dans un centre sportif repéré par Chris à l'entrée de la ville. Les deux jeunes filles ne sont pas très expérimentées, mais le massage qu'elles nous font en synchro est très relaxant. Nous rendons les bicyclettes avant d'aller prendre un verre sur la terrasse d'un hôtel d'où l'on peut voir le coucher de soleil sur la ville.

Demain, autobus vers Siem Reap et les temples d'Angkor Wat!

jeudi 23 décembre 2010

- Changement de cap

Gros changement de cap. Hier soir, nous sommes allés bouquiner dans une librairie de livres usagés et sommes tombés sur un guide récent du Cambodge. Je sais, cela peut sembler un sacrilège à certains que de bouder les plages de la Thaïlande, mais nous avons décidé de passer notre tour. À la place, nous prendrons un avion demain matin pour Kuala Lumpur et réveillonneront quelques plus tard dans la nuit chaude de Phnom Penh! Lieu de nos premières amours, tout juste après notre rencontre au Laos.


Je n'ai aucune idée de la fréquence de nos prochains messages, tout dépendra des lieux qui auront ou non des accès internet. J'en profite donc pour vous souhaiter à tous un très joyeux Noël, en espérant plus tard vous revenir pour la bonne année!

mercredi 22 décembre 2010

- Penang: comment être en Inde et en Chine en même temps, mais sans les inconvénients

Après la jungle, l'idée de se retrouver quelques jours avant la folie de Noël dans une grande ville réputée pour ses infinies possibilités de magasinage, ne nous tentait pas du tout. Alors nous avons changé nos plans: Singapour sera pour la prochaine fois. Retrouver Kuala Lumpur et son quartier chinois regorgeant de petits marchands de bébelles made in China était beaucoup plus tentant.


Depuis quelques jours, notre principale préoccupation en est une d'organisation. De Sempora, acheter un billet d'avion pour sortir de Bornéo. Une fois cela fait, trouver et réserver une chambre à Kuala Lumpur par internet . Arrivés dans cette ville, trouver le meilleur moyen d'en sortir pour se rendre plus au nord, à Penang. Donc, sitôt les bagages déposés dans une minuscule chambre d'un orange aussi flash que celui de notre chalet, il nous faut reprendre un autobus pour aller à l'autre bout de la ville acheter des billets pour le transport du lendemain. Retour par un métro aérien super propre et moderne, on ne s'ennuie pas de celui de Montréal dans le froid et la bouette.


Nous allons manger au même restaurant indien qu'il y a six ans, situé juste à côté d'un petit temple sur le coin d'une rue achalandée. Odeurs de cari, d'encens, chants et prières. Nous sommes heureux.


Notre chambre est si petite qu'on se croirait dans un hôtel de Tokyo. Juste assez de place pour le lit et nos sacs à dos. Alors pas moyen de faire sécher nos vêtements encore trempés par la forte pluie et les vagues dont nous avons été aspergés la veille pendant le trajet de retour en bateau entre l'île de Mabul et Semporna. Pas très grave, ça peut attendre. Ce qui ne peut pas attendre, par contre, c'est de se trouver une chambre à Penang. Tous les hôtels où nous appelons sont déjà remplis. C'est la joie du voyage pendant le temps des fêtes. En Asie comme ailleurs, tout le monde est en vacance et se déplace. Ce n'est que le lendemain matin, à partir de la gare d'autobus, que Chris réussit à nous dénicher un hôtel très intéressant et bien situé. Le téléphone cellulaire acheté à Hong Kong est certainement le meilleur placement que nous pouvions faire! Fini l'époque où il fallait, sacs au dos dans la chaleur, aller d'un hôtel à l'autre en essayant de se repérer d'une rue à l'autre et souvent grimper quelques étages pour visiter une ou deux chambres avant de se décider à s'enregistrer. Avec l'ordinateur de Sylvain (merci Sylvain! et merci surtout de t'occuper de mettre nos photos sur le blogue. Fini les bogs, vive le blogue!), on fait une petite recherche sur internet, on choisit un endroit et on appelle. Si ça ne fonctionne pas, on reprend le processus. C'est si simple, la vie moderne.

Sauf qu'à Penang, notre chambre réservée n'était plus libre à notre arrivée. Petite montée de frustration pas très asiatique... On nous emmène dans l'édifice d'à côté. Même propriétaire, mais pas le même genre de chambres. Et moi qui commençait juste à m'habituer à un certain degré de confort! Nous voici revenus comme dans nos belles années de voyages pas chers: chambre à sept dollars, salle de toilette commune, dortoir au fond du corridor et super service à la réception. Dans les meilleurs hôtels, c'est comme si tous les clients ne se promènent qu'en taxi ou minibus réservés qui viennent les prendre à la porte. Les employés de la réception savent à peine nous diriger vers les arrêts d'autobus ou nous indiquer comment se rendre là où nous voulons aller. Alors qu'ici, ils savent tout sur tout et sont super efficaces et accueillants. On se sent chez soi. Notre chambre est simple, mais on a beaucoup d'espace, un lavabo où on peut laver notre linge et il y a de nombreuses cordes à linge pour le faire sécher sur la terrasse arrière, là où se trouve la douche et les toilettes. Comme le dit l'affiche à l'entrée: Extremely clean, check it out! En plus, la connexion WiFi est gratuite sur le balcon avant. Que demander de plus? Les clients ici sont presque tous des gens qui  passent l'hiver en Thaïlande et qui ne sont en Malaisie que le temps de renouveller leurs visas. Des personnages intéressants et parfois même à l'allure un peu louche...


Penang est une ville incroyable! D'abord par son architecture. Site faisant partie de la liste du Patrimoine mondial de l'Unesco, c'est l'endroit en Asie où se existe encore le plus de bâtiments de style colonial. Pas toujours, ou même presque jamais, bien entretenus, mais le charme opère. Nous marchons des heures chaque jour dans la ville et trouvons toujours de nouveaux endroits intéressants.


Mais ce qui rend Penang vraiment unique, c'est le mélange parfait entre l'Inde et la Chine. Bien sûr, c'est un peu comme cela à travers toute la Malaisie, mais ici c'est vraiment particulier. Il y a des restaurants et des kiosques de bouffe à peu près partout. Chacun sa spécialité. Les produits sont frais, délicieux et tellement variés qu'on se permet de manger pratiquement quatre fois par jour. De petits plats, mais souvent. Comme les Chinois. On veut tout essayer! Des soupes aux nouilles, des raviolis, des caris, des riz frits, des biryanis, du poulet, du porc, du canard, des fruits de mer, légumes verts, sauces épicées. Tout est trop bon! On en est presque obsédés. Il nous faut manger dans des endroits différents chaque fois et repérer les prochains arrêts bouffe. Le choix est immense.


Et le quartier Indien fait mon bonheur. On se croirait totalement en Inde. À un détail près: paix, calme et propreté. Pondicherry en dix fois mieux, dit Chris. Un Bollywood où tout le monde sourit, une Chine où chacun est gentil, le charme et la discrétion malaise. Un genre de petit paradis.

dimanche 19 décembre 2010

- De la jungle aux récifs coraux

Tout d'abord, nous nous excusons pour le manque de photos: nous n'y arrivons tout simplement pas. On ne comprends rien et en plus, nous n'avons pas le temps. Il est déjà difficile d'avoir accès à internet, alors quand on peut, on met le texte et il est déjà temps d'aller faire autre chose comme manger, prendre un autobus, réserver une chambre ou planifier la prochaine partie du voyage. Juré, on essaie. Et un jour peut-être qu'on y arrivera...
Dimanche, 19 décembre 2010
Île de Mobul sous une grosse pluie de mousson. Nous sommes heureusement à l’abri dans notre chambre, nos deux excursions de snorkeling de la journée étant déjà terminées. Lorsque j’ai écrit la dernière fois, nous attendions un taxi qui allait nous mener de Sepilok jusqu’à Sungai, dans la région de Kinatabangan. Cela semble déjà faire une éternité.
Assis à la terrasse de l’hôtel, nous espérions le chauffeur qui s’est fait attendre. Et attendre. Nous commencions à nous inquiéter de manquer le départ de la ballade en bateau sur la rivière prévue à quatre heures cet après-midi là. Lorsqu’il est arrivé, la fourgonnette était déjà remplie de gens, plus un garçon et sa bicyclette neuve. Mais il ne manque jamais d’espace dans les véhicules en Asie. Tout le monde s’est tassé et nous avons fait un trajet de trois heures en deux heures et demi. Les routes de Bornéo sont meilleures que beaucoup des nôtres.
Juste le temps de déposer les bagages, de mettre un chapeau, d’attraper l’appareil photo et de rejoindre le groupe sur le quai d’embarquement devant le Greenview Bed&Breakfast. Pendant les deux heures suivantes (et deux autres heures plus tard pour une expédition de nuit) nous avons parcourus la rivière Kinatabangan, la plus longue de Bornéo, accompagnés d’un guide et d’un pilote qui connaissent l’endroit comme le fond de leur poche. Ils savent repérer de loin les toucans, singes probiscus aux longs nez et familles de macaques, crocodiles, aigles, toutes sortes d’oiseaux et de petits animaux. Le bateau s’arrête et nous avons tout le temps nécessaire pour observer et photographier les bêtes. C’est vraiment excitant. Avec le matin, la fin d’après-midi est le meilleur moment de la journée pour les observer alors qu’Ils quittent la chaleur de la jungle et ses prédateurs endormis pour se réfugier, avant leur réveil, sur le haut des arbres qui bordent la rivière.
Des ponts de chaînes ont été tendus entre les deux rives dans l’espoir qu’ils seront empruntés par les orangs-outangs qui ne savent pas nager. Il est essentiel à la survie de l’espèce qu’ils puissent se reproduire avec les membres d’autres groupes que le leur. Question d’échange génétique. Nous sommes sur une réserve protégée par le gouvernement, mais ce petit territoire est séparé en lots qui ne permettent pas aux orangs-outangs, éléphants nains et autres bêtes sauvages de rejoindre les autres groupes de leur espèce sans traverser les villages et plantations d’huile de palme de la région. Par exemple, juste derrière cette lisière de jungle protégée, il y a une plantation d’une superficie de 35 kilomètres ! Les rencontres entre les humains et les animaux engendrent de nombreux conflits dont les bêtes sortent rarement vainqueurs.
Pour l’expédition du lendemain matin, nous sommes tous chaussés de bottes de caoutchouc pour une marche en forêt. Une marche dans la bouette pour être plus précis. Bouick, bouick, bouick, les douze touristes à la file indienne derrière le guide, à se surveiller les uns les autres et s’arracher les sangsues qui s’agrippent aux bottes et remontent lentement les corps à la recherche de la chaleur de la peau dont elles pourront sucer le sang. Un d’entre nous en a eu une énorme dans le cou sans qu’il s’aperçoive même de sa présence. C'est le guide, arrêté pour nous montrer un figuier dont les orangs-outangs raffolent des fruits, qui s’est approché en s’excusant pour lui retirer la bête luisante et collante de son cou en sang.
Pas trop le temps d’observer les beautés de la jungle. Il faut regarder le sol pour juger du meilleur endroit où mettre les pieds sans y laisser ses bottes ou glisser sur une racine. Il pleut, les blagues sont bonnes et l’atmosphère est plus à la rigolade qu’à l’écoute des renseignements que donne le guide sur la flore locale.
En après-midi, avant la dernière expédition, je rencontre Mooshe, un guide qui travaille avec les gens de l’ONG Hutan, pour discuter de la possibilité de filmer les orangs-outangs sur leur territoire de recherche. IL a beaucoup d’expérience de tournage parce qu’il a travaillé avec les gens du National Geographic, de Discovery et de quelques autres aussi. Il m’assure que non seulement ce sera possible à la moitié du coût de ce que demande les gens de Sepilok, mais qu’en plus ils seront vraiment dans la nature et assez facile à repérer. Ça s’annonce bien.
À six heures trente le lendemain matin, nous quittons Sungai à bord de même voiture, cette fois remplie d’enfants. Cinq frères et sœurs qui vont en ville avec leur mère, administratrice chez Hutan, acheter des vêtements neufs pour le retour en classe au début janvier. Empilés les uns sur les autres, ça rit, ça se pousse, ça se chicane un peu et ça nous fait de larges sourires gênés chaque fois qu’on se retourne pour les observer. Le chauffeur nous dépose à la jonction entre la route de Sungai et celle qui  mène à Lahad Datu en nous faisant promettre d’attendre le prochain autobus et de ne surtout pas embarquer avec des gens qui pourraient nous proposer de venir avec eux. Bad people around. Seulement, il est huit heures du matin et le soleil tape fort. L’autobus devrait passer avant neuf heures et il est possible que tous les sièges soient déjà vendus. Une camionnette s’arrête, mais pas pour nous. Le chauffeur veut seulement aller pisser dans le bois. Chris ne fait ni une ni deux et demande un lift. Accepté. Un petit garçon de six ans vient s’assoir avec moi à l’arrière et Chris et le gentil monsieur ont une longue conversation tout le long du trajet jusqu’à la gare d’autobus.
Lahad Datu a mauvaise réputation. Ville d’immigrants philippins illégaux, les gens sont pauvres, pas très heureux et un peu malhonnêtes. La petite mafia des tickets d’autobus n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Malheureusement pour eux, Chris a passé beaucoup de temps en Indonésie et a appris les bases de la langue. Indonésien et malaisien, c’est presque la même chose. Habituellement ces connaissances rudimentaires de la langue nous servent à se faire rapidement des amis dans les magasins, les transports ou au marché, mais là, Chris s’en est servi pour défendre nos intérêts. Et il n’était pas content. Il n’y a rien qui l’enrage plus en voyage que de se faire arnaquer comme un vulgaire touriste. Il ne travaille pas en droits humains pour rien, il déteste l’injustice, surtout quand c’est lui qui en est victime. Et comme les minibus ici ne partent pas tant que tous les sièges n’ont pas été vendus, Chris a eu deux heures de son temps pour comprendre le prix véritable et discuter ferme avec les gars de la place pour ne pas payer plus que le prix demandé aux locaux. Pas tant pour l’argent comme tel, on parle de un à deux dollars, mais par principe. Pour ne pas se laisser rouler sans rien dire. Ça a un peu bardé, mais il a gagné. À la fin, il était plutôt temps qu’on parte…
Depuis trois jours, nous sommes sur l’île de Mabul située entre la ville de Semporna sur la terre ferme et la célèbre île de Sipadan. C’est là qu’en avril 2000 les terroristes du groupe Abu Sayyaf, affilié à al-Qaeda, ont kidnappé 21 personnes, dont dix touristes étrangers. Certains n’ont été sauvés qu’au mois de septembre suivant. L’île, également revendiquée par les Philippines, est sous haute surveillance de l’armée. Il y a des soldats armés de mitraillettes partout. Devenue réserve protégée, il faut maintenant des permis (pas plus de 350 par jour) pour y avoir accès quelques heures par jour. Les coraux y sont réputés comme faisant partie des plus beaux au monde. Nous y sommes allés hier et c’est vrai que ce furent des moments d’incroyables beautés, même si, visiblement, beaucoup de coraux ont blanchis et sont désertés par les poissons. 2010 est la pire année depuis 1998 pour ce qui est de l’impact des changements climatiques sur tous les coraux des pays du triangle (Indonésie, Philippines, Malaisie). Il y a des endroits plus touchés que les autres, aux Philippines notamment, mais ici même si c’est évident par endroits, ce n’est pas encore catastrophique. Nous sommes vraiment heureux d’avoir la chance d’en profiter, ça ne va pas durer. Les poissons sont de toutes les formes et de toutes les couleurs, c’est absolument magnifique, indescriptible !
Notre forfait comprend la chambre, les trois repas, deux sorties en mer sur les récifs par jour et ce n’est vraiment pas cher : autour de 27 dollars par personne par jour. Chris nous a négocié la sortie à Sipadan pour une cinquantaine de dollars chacun, soit à peu près trois fois moins cher que le prix en saison. Nous habitons à l’hôtel sur pilotis du célèbre Uncle Chang et tout le monde ici est vraiment sympathique. Nous ne faisons pas que nager dans une mer transparente aux poissons multicolores, nous nageons également dans le bonheur total. Si la pluie peut arrêter de tomber, ça ira on ne peut mieux pour notre retour à Semporna, à une heure en bateau d’ici, où nous coucherons de nouveau ce soir. Demain matin : avion pour Kuala Lumpur à partir de la petite ville de Tawau. Notre séjour à Bornéo, mémorable, sera déjà terminé.

Cliquez sur la photo pour l'agrandir.

lundi 13 décembre 2010

- Dernier jour à Sepilok


De la terrasse du restaurant de l'hôtel, hier matin, il y avait tellement d'oiseaux à observer qu'on se serait cru au jardin botanique. Sur les huit espèces de toucans de Bornéo, nous en avons vu deux, sans compter tous les autres oiseaux dont on ne connait absolument rien mais qui sont magnifiques à observer avec nos trop peties longues-vues. Tout un concert de chants! Un paradis pour ornithologues qui nous fait sans arrêt penser à notre ami Fred que l'on aurait rapidement perdu pendant des heures dans la nature.


Toute la matinée, nous nous sommes promené dans la jungle sur les sentiers vraiment bien organisés du Rainforest Discovery Center. Les Malais ont vraiment le tour avec l'aménagement de leurs parcs. C'est bien pensé et facile d'accès, tout en laissant assez de place à l'aventure pour que la promenade soit intéressante et donne l'impression de vivre des moments uniques. Encore une fois, nous étions seuls et cela nous a permis de profiter à plein de l'environnement en toute sérénité. La partie de la marche à travers la canopée était particulièrement trillante. Au début, notre pas sur le grillage était mal assuré, mais nous nous sommes rapidement habitués à la hauteur et avons profité à plein de la vue du sommet de la jungle. Surtout à 250 pieds du sol, en haut de tours d'observation d'où même les arbres les plus grands étaient accessibles au regard. Après trois heures de marche et d'observation, la pluie s'est mise à tomber. Nous étions justement à côté d'un petit pavillon du jardin des herbes médicinales et avons pu y trouver refuge. Jusqu'à présent, nous avons eu beaucoup de chance avec la pluie.


Lunch dans un petit kiosque de bouffe sur la route, juste à l'entrée du Centre de réhabilitation des orangs-outangs. Nous avons rendez-vous avec Wai Pak, le biologiste qui s'occupe des ours malais. Leur centre, installé dans l'enceinte du parc des oranges-outangs, est tout nouveau et pas encore ouvert au public. Il est situé dans les locaux qui servaient auparavant de parc pour les rhinocéros, depuis déménagés dans la réserve de Tabin, à l'est de l'île. Je viens ici pour voir s'il y a une possibilité de filmer les ours malais qui sont les ours les plus petits du monde. En anglais, ils s'appellent sunbears à cause des grandes taches de fourrures jaunes qu'ils ont sur la poitrine. Tous ceux qui sont au centre ont été rescapés soit du traffic illégal, de possession illégale comme animal de compagnie ou parce que leurs mères ont été tuées pour leurs organes qui servent dans la médecine traditionnelle, surtout chinoise. Ils sont mignons, mais agressifs, avec de très longs ongles dont ils se servent pour grimper dans les arbres où ils nichent. En ce moment, et Wai Pak n'arrête pas de s'en excuser, ils sont tous dans des cages de métal pas très agréables. Mais ils ont aussi accès à un grand enclos dans la forêt qui leur permet d'apprendre à vivre dans leur habitat naturel. Ce ne sera donc pas facile, voir même pas très intéressant, à filmer. Il faudrait le faire à travers ou par-dessus la longue clôture de bois qui borde le parc extérieur, en espérant qu'un d'entre eux grimpera dans un arbre pour rendre la prise de vue intéressante.


Wai Pak nous a aussi fait visiter rapidement la partie réhabilitation des orangs-outangs. La directrice du centre était absente pour quelques jours et ne pouvait donc pas le faire elle-même. Un groupe impressionnant de bébés orangs-outangs et leurs terrains de jeux organisés pour leur apprendre ce que leurs mères auraient dû leur enseigner si elles n'avaient été tuées, enlevées ou blessées par les travailleurs des plantations d'huile de palme qu'elles traversent et détruisent pour se rendre d'un territoire à l'autre. Les petits orangs-outangs sont absolument charmants, ce sont les singes qui ressemblent le plus à ce qu'est l'homme et cela leur donne un air si familier qu'on n'a qu'une envie: les prendre dans nos bras et les embrasser. Ça doit certainement jouer dans le fait qu'il y ait un marché clandestin pour les posséder.

Nous sommes retournés sur la canopée en fin de journée. Les sons de la jungle et la vue étaient encore tout aussi inspirants, mais cette fois nous avons du nous résigner à partir plus rapidement que nous l'aurions souhaité parce qu'un groupe d'adolescents bruyants est arrivé en riant. Après des photos et de nombreuses poignées de mains, nous les avons laissé s'amuser entre eux et sommes allé boire une couple de bières au magasin général. Des biologistes du Forest Research Department y étaient déjà assis lorsque nous sommes arrivés. Un Australien, ici depuis bientôt dix ans, fait des recherches sur la pollinisation par les insectes en grimpant avec des cordages sur la cîme des arbres et deux frères spécialistes des plantes qui, après leurs journées de travail, font la cueillette de graines pour s'assurer de la survie des espèces. Il paraît que leur grand frère est le meilleur botaniste de Bornéo, qu'il connaît la jungle et sa flore comme le fond de sa poche. Ils sont quatre frères, tous biologistes, c'est dans le sang de la famille. De très bons personnages...


De retour à l'hôtel à la noirceur à temps pour le repas commandé dans l'après-midi. Surprise, nous ne sommes plus seuls. Trois autres couples sont arrivés. Pas le genre de touristes heureux de rencontrer de nouvelles personnes pour partager leurs expériences. Mais ce n'est pas grave, nous quittons aujourd'hui. Grâce au téléphone acheté à Hong Kong et à notre ordinateur qui nous donne accès à internet, nous avons pu réserver une chambre à Sukau, notre prochaine étape dans la région de Kinabatangan. C'est Haji, rencontrée à Kota Kinabalu qui nous a recommandé le Bed and Breakfast où nous irons. En fait, on s'enbourgeoise: les propriétaires nous envoient un véhicule ici à l'hôtel de Sepilok pour nous mener jusque chez eux, à environ trois heures de route. Ça fait vraiment notre affaire de ne pas avoir à se rendre à la route principale pour essayer de faire arrêter un autobus qui nous laisserait à une intersection d'où nous aurions dû trouver un autre transport pour le village de Sukau. La technologie et un peu d'argent nous facilitent vraiment la vie!

dimanche 12 décembre 2010

- Arrivée à Sepilok

Nous avons quitté la ville ce matin, non sans avoir d'abord profité une dernière fois de ses déjeuners à l'indienne. La journée est magnifique. C'est un peu dommage de la passer en autobus parce qu'hier, la mousson nous est tombée dessus pour la première fois. Notre plan de la journée était très simple: visiter l'aquarium. Les gars à la gare d'autobus n'avaient aucune idée de l'existence du Green Connexion qui n'est ouvert que depuis le mois de mars dernier. Alors ils nous ont fait descendre au Centre d'interprétation des marais, beaucoup plus loin sur la même route. Il pleuvait des trombes et nous y sommes arrivés trempés. Il a fallu faire venir un taxi de la ville pour nous sortir de là, mais ça en a valu la peine. On s'est bien amusé et l'aquarium en plein air fournissait les parapluies.


Donc aujourd'hui, six heures en autobus dans les montagnes de Bornéo. Je dirais que les deux premières heures, le paysage était normal. La jungle habituelle à laquelle on peut s'attendre sur une île d'Asie. Mais rapidement, la forêt tropicale s'est transformée pour laisser place aux fameuses plantations d'huile de palme qui bien sûr font travailler les gens tout en enrichissant grands propriétaires et politiciens, mais détruisent aussi tout l'environnement d'origine. Les orangs-outangs sont des singes solitaires et territoriaux qui vivent dans les arbres. S'il n'y a plus d'arbres, plus de territoire. Même chose pour les rhinocéros, les éléphants, les léopards et toutes les autres bêtes sauvages et plantes médicinales. Pour ce qui est des tigres on n'en parle même pas, il y a longtemps qu'ils ont été exterminés. Mais bon, c'est la raison pour laquelle nous sommes venus ici, à Sepilok, pour voir un centre de réhabilitation de orangs-outangs et un autre d'ours malais. J'ai rendez-vous avec les gens qui s'occupent des ours, mais la directrice du côté orangs-outangs n'a pas répondu à mes messages. Ceux des rhinocéros non plus d'ailleurs. On verra bien.

Pour l'instant, Chris et moi profitons de belle façon de la saison de la mousson : nous avons le Forest Hedge Resort pour nous tout seuls. Le soir tombe, la jungle s'éveille, les sons des oiseaux, criquets, grenouilles et j'ose à peine imaginer quelles autres bêtes, se font de plus en plus stridents. C'est l'heure de l'anti-moustique et presque celle du repas. Ça promet.

vendredi 10 décembre 2010

- Après Hong Kong: Kota Kinabalu


Chambre avec air climatisé. Habituellement nous préférons les ventilateurs au plafond, mais les hôtels ici n'en ont pas. Après trois jours de grand luxe chez nos amis de Hong Kong, nous voici de retour à notre vie de voyage habituelle. Petites chambres pas chères et bien situées, transport en commun, beaucoup de marche à pieds et bière fraîche en fin de journée.

Il est excitant d'écrire un journal de voyage en sachant que des amis et la famille vont le lire. C'est presque la  première fois que je fais cela. Presque, parce qu'il y aura bientôt 20 ans je suis partie seule en Inde et que j'envoyais mes journaux par la poste. Paule ou Hélène recevait un cahier, le lisait, puis le passait à Carol et Nicole. J'ai su plus tard que Michèle le lisait aussi. Trois cahiers ont ainsi été envoyés de différents endroits en Inde vers Montréal. À peu près 4 à 5 semaines de voyage par cahier. Je garde un souvenir ému de leurs commentaires à mon retour alors que chacune avait vécu à travers mes écrits ses propres moments forts, ses coups de coeur pour une ville ou un moment particulier. Jamais pourtant je n'aurais pensé refaire l'expérience de ce genre de partage.

Ce qui me décide à revivre l'expérience, c'est l'envie de rendre hommage à ma mère décédée en août dernier. Chaque fois que je lui annonçais un départ, elle me demandait : vas-tu écrire? Elle ne parlait pas de cartes postales ou de lettres pour la rassurer. Ce qu'elle voulait savoir c'est si j'allais écrire un journal de voyage. Elle ne pouvait pas imaginer que l'on puisse parcourir le monde sans noter les détails des lieux visités, des gens rencontrés, du temps qu'il faisait, des joies et difficultées rencontrées sur le chemin. Trop égoïste de vivre à plein sans laisser de traces, de souvenirs, sans permettre à ceux qui n'ont pas la même chance ou le désir de partir d'en profiter aussi un peu. Alors voilà maman, je vais écrire.

J'avoue que c'est un peu mal parti. Cela fait presque une semaine que nous avons quitté Montréal et c'est la première fois que je m'assoie pour écrire. Hong Kong aurait pourtant mérité quelques chapitres, surtout si l'on pense que c'est par cette ville qu'il y a 18 ans je suis arrivé avec maman en Chine. Le Hong Kong d'aujourd'hui ne ressemble en rien à la ville que nous avions ensemble visité. Le nombre de buildings a explosé, tout n'est que richesse, beauté, courtoisie, propreté, une ville très organisée et séduisante. Chris et moi avons adoré! Ce furent trois journées parfaites où même le décalage horaire ne nous a pas trop affecté. Seuls le jour à se promener et soirées avec Ian, Joana et leurs deux garçons. Ils habitent un grand logement sur une des montagnes du centre-ville où nous avions notre propre chambre. Le jour nous avons fait les touristes et les soirs une vie d'expatriés.



8 décembre. Le vol Hong Kong - Kota Kinabalu n'a pas été des plus tranquilles, mais nous sommes quand même arrivés avec une demi-heure d'avance sur l'horaire prévu. Guichet automatique pour prendre des Ringgits, taxi et hôtel réservé la veille par internet. Chambre correcte tout au plus avec tv et wifi, mais tapis tachés et toilette qui ne flush presque pas.



9  décembre. On passe une partie de l'avant-midi à visiter des chambres, puis à réemménager. Cela fait du bien de se retrouver dans l'air humide et chaud de Bornéo. Pas très bon pour les cheveux qui partent dans toutes les directions, mais faire sortir les toxines accumulées depuis l'été dernier. Ici, on mange le plus souvent possible. D'abord, il y a des restaurants partout, mais en plus on y retrouve la bouffe que nous aimons pardessus tout: malaisien, indien, chinois. Les trois grandes communautés malaises.

J'avais rendez-vous dans l'après-midi avec la directrice des communication de l'ONG Hunan qui fait de la recherche sur les orangs-outangs. Je veux aller visiter leurs intallations dans un village de l'autre côté de l'île, dans la jungle, pour voir s'il sera possible d'y filmer avec eux quand le Sedna sera dans cette partie du monde l'année prochaine ou la suivante. Ce ne sera pas simple. D'autres équipes sont évidemment passées avant nous et le résultat des reportages n'a pas été des plus apprécié. Que l'on parle d'orangs-outangs, de rhinocéros ou de plantations d'huile de palme, il semble que les reporters préfèrent le sensationnalisme à la réalité souvent moins excitante. Les gens sont déçus et ne veulent plus participer. Haji me dit qu'il serait plus simple pour nous d'aller filmer dans la partie indonésienne de Bornéo qu'ici, en Malaisie. Mais il est encore tôt, nous avons du temps devant nous pour bâtir une relation de confiance. Chris et moi irons de toute façon au village de Sukau voir de plus près ce qui s'y fait.


10 décembre. Journée qui a super bien commencée par un déjeuner indien dans le même restaurant où nous avions pris l'habitude de manger lors de notre premier voyage ici, il y a six ans. Roti (un genre de grande crêpe) et dhal (une sauce de lentilles jaunes) avec café sucré au lait condensé. Un régal! Puis autobus jusqu'au zoo. Évidemment, il faut attendre que le bus soit plein avant de partir. On perd un peu de temps et nous sommes déjà en retard. Le guide dit qu'il faut être sur place pour 9h30, heure à laquelle les animaux sont nourris. Ensuite, ils dorment et se reposent, il est plus difficile de les voir. Trajet un peu long et compliqué jusqu'à une ville bien ordinaire où il faut changer de bus à minibus. Comme il est vide, nous risquons de perdre là encore de précieuses minutes. Chris s'énerve un peu. Il demande autour et un homme s'offre pour venir nous y reconduire pour 15 ringgits, cinq dollars. C'est parti. Nous arrivons à 10h30, juste à temps pour nourrir les éléphants. Les heures ont changées, mais pas les informations du guide. Au bureau de tourisme ont nous a averti: les gens de Lonely Planet et de Footprint n'ont pas mis les pieds à Bornéo depuis au moins 3 ans... Et nous venons d'acheter l'édition 2010 en pensant y trouver les renseignements les plus à jour sur le pays. De toute façon, un zoo est un zoo et même si on peut y voir tous les animaux les plus sympathiques, leur environnement est toujours un peu déprimant. Mais toutes mes bêtes préférées sont là (sauf le rhinocéros aveugle qui a été transféré dans une nouvelle réserve): orangs-outangs, éléphants nains, singes probicious aux longs nez, ours malais, tigres et toucans. Grande marche dans la jungle sur un sentier bien organisé, puis retour en ville.

Nous devons trouver la façon de reprendre un autobus. Chris dit qu'il serait beaucoup plus facile de faire du pouce. Sans une ni deux, il lève la main et la première voiture qui passe s'arrête et nous prend à son bord. Un couple super gentil nous emmène jusque dans le quartier de notre hôtel. Le trajet d'environ 20 minutes a passé en un rien de temps. La jeune femme, super belle, se faisait reconduire au travail par son mari et tous les deux avaient plein de choses à dire et de questions à poser. Une gentillesse incroyable!

Chris vient de rentrer. Il est allé faire des courses pour me laisser écrire. Mais voilà que la papaye qu'il a achetée lui donne une réaction allergique et ses mains brûlent. Est-ce que je vais en manger?