vendredi 5 avril 2013

Heureux qui comme Ulysse...


Grâce à ma dernière journée à Mumbai, je peux désormais saisir ce que cela veut dire que de vivre dans une mégapole. L’ampleur du chaos. Même si ce chaos est organisé. Car s’il y a du monde partout et des rues à l’infini, tous semblent savoir exactement où ils vont et comment y parvenir.
 
Les déplacements ici sont interminables à cause du trafic. Des enfilades à n’en plus finir de voitures, camions, motos, scooters, bicyclettes qui s’entrecroisent sans fin ni contact. Des centaines de véhicules qui klaxonnent en même temps, non seulement pour dire « tasse-toi », mais aussi pour avertir de leur présence, qu’ils vont dépasser, se tasser à droite ou à gauche, tourner, freiner, ou simplement par habitude. Une façon d’exister.


La vie bourdonne de façon tout aussi fébrile sur les trottoirs. Des milliers de personnes qui marchent, courent, s’arrêtent, passent devant des boutiques qui semblent n’avoir jamais de clients, des vendeurs ambulants avec de petits charriots ou installés au sol, des réparateurs en tous genre avec leurs brocantes et instruments, de piétons insouciants du trafic qui traversent les rues entre les voitures qui avancent. Un peuple qui se faufile et navigue dans les foules sans jamais se bousculer. Sauf, bien entendu, lorsqu’il s’agit de faire la file devant un guichet ou pour entrer dans un transport public. Là, la pagaille est permise.



Je ne sais pas comment font les Indiens pour arriver à circuler ainsi sans se toucher. J’ai marché pendant six semaines dans des foules de différentes densités et n’ai accroché ou touché que deux ou trois personnes en tout. Et chaque fois c’était ma faute, jamais la leur. Je n’ai vu qu’un seul motocycliste décédé d’un accident sur le bord du chemin en route vers l’aéroport de Goa, un seul camion renversé et entortillé autour d’un arbre entre le mont Abu et Jodhpur et un petit accrochage de pare-choc à Mumbai. Du pire au presque rien.
Me voici à Munich. L’aéroport est grand, propre, bien organisé, il y a du papier de toilette et de l’eau chaude dans les robinets ! Il est 10h30 et mon vol pour Montréal est à 15h. Je n’en reviens pas de rentrer à la maison. D’en avoir une, avec un amoureux dedans qui m’attends.
En fait, je n’en reviens pas de m’en être si bien sortie toute seule pendant ce voyage. Je n'ai pas été malade, ne me suis pas fait achalée, attaquée, volée, ni même roulée de plus que quelques roupies à la fois. Je me suis souvent égarée, mais jamais perdue. N’ais rien égaré ou perdu non plus. Si je n’ai pas acheté grand-chose, ce que j’ai acquis d’expériences et les souvenirs que j’en rapporte ont une valeur inestimable. Je reviens identique, mais pas tout à fait la même non plus.

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage.
Je vous en souhaite autant.




dimanche 31 mars 2013

Jodhpur


Hier, après m’être perdue dans l'ascension d'un dédale de ruelles bleues, j’ai finalement réussi à trouver mon chemin jusqu’au fort Mehrangarh. 


Une merveille d’architecture avec des vues imprenables sur la ville. Je me suis promenée avec l’appareil audio qui explique et commente le site en français. Un peu comme avoir un guide personnel qui nous plonge dans l’histoire et la vie quotidienne des maharajahs et de leurs familles à travers différentes époques. Vraiment très intéressant !

 J’ai passé l’avant-midi au fort, puis suis redescendue vers le marché pour acheter des épices et du thé, manger un samosa tout chaud et boire un jus de mangues fraîchement pressé. 



Une petite journée de touriste tranquille avec souper sur la terrasse de l’hôtel.



Ce matin, je suis allée manger dans un autre hôtel, le Hare Khrisna. Repas végétarien de qualité assuré. Si je reviens un jour à Jodhpur, c’est là que j’irai habiter. C’est beau et propre, les gens sont gentils, le menu alléchant et les prix raisonnables. Il y a six étages à grimper pour arriver au restaurant sur le toit.

Voyager seule – la hasard fait bien les choses
J’y ai rencontrée une Allemande dans la soixantaine, Angelika Vogel, qui est la présidente d’une petite fondation qui aide à financer des léproseries. Elle était en grande discussion avec ses deux administrateurs Indiens, un homme d’affaire et un géologue, et Tom, un ami Hollandais. J’ai osé les interrompre parce que personne d’autre dans l’hôtel ne pouvait m’aider à savoir où se trouve un petit commerce dont j’ai appris l’existence sur internet et où je veux absolument me rendre avant de retourner à Mumbai. L’homme d’affaire le connaît très bien et me propose de m’y déposer puisque c’est sur le chemin d’un ashram où vit une communauté de lépreux qu’ils s’en vont visiter. Angelika m’offre de les y accompagner plutôt que d’aller magasiner. Une offre que je ne pouvais refuser !

Nous voyageons dans une petite camionnette blanche conduite avec efficacité par l’homme d’affaire qui circule aisément dans les rues minuscules entre vaches, piétons, motos, charrettes, touristes, enfants, vendeurs de toutes sortes et autres véhicules surchargés. Nous faisons quelques arrêts pour acheter des lampes rechargeables, car ils n’ont pas l’électricité, des bananes et des boîtes de biscuits. Ce sont des cadeaux qu’Angelika veut offrir aux membres de la communauté qu’elle patronne depuis des années.

À notre arrivée, de nombreuses personnes viennent la saluer. Ils ont installé au sol de grands sacs de plastique cousus ensemble et, leur faisant face, une rangée de chaises où nous sommes invités à nous asseoir. L’attente commence. Tranquillement, un à un, les gens sortent de leurs appartements et viennent s’asseoir devant nous. Les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Certains sont très handicapés par la lèpre et estropiés, d’autres pas du tout. Ceux-là font partie d’une ou l’autre des familles, sont des veufs et des veuves de lépreux qui, avec leurs enfants, restent dans la communauté. Tous sont extrêmement pauvres.

 Lorsque tous les gens qui veulent la rencontrer sont arrivés, nous recevons un collier de roses rouges autour du cou, puis on nous fait un tikka de poudre au milieu du front. Angelika se lève et fais un petit discours dans lequel elle leur dit à quel point elle est heureuse d’être ici à nouveau pour les rencontrer et les saluer au nom de tous ses compatriotes qui n’ont pu venir cette fois avec elle, mais qui leur envoie tout leur soutien et leur amitié.  Tom fait ensuite la même chose, puis c’est à mon tour de leur dire un petit mot pour les remercier de leur accueil. Je commence en disant « Namaste » et suis fort impressionnée lorsque tous me répondent en joignant leurs mains (ou moignons) au cœur avec de larges sourires.
 Angelika fait ensuite la distribution des cadeaux, prend le temps d’aller saluer chacune des personnes qu’elle connaît en les prenant dans ses bras et en serrant leurs mains dans les siennes. 


Puis nous quittons pour revenir dans le quartier des guest houses qui semble presque riche en comparaison. Inutile de dire qu’après cette visite quand même troublante, j’ai perdu toute envie d’aller magasiner.